Notre merveilleux frère Alain qui avait choisi de vivre au Village depuis quelques années s’en est allé le dimanche 10 février après-midi rejoindre le Père.

Il a été un cadeau pour tous ceux qui ont croisé son chemin : il savait aimer chacun de ceux qu’il rencontrait et n’oubliait jamais un visage.

La meilleure façon de parler de lui est de vous proposer des témoignages reçus à l’occasion de son décès…

Bruno (ancien résident)

Alain, celui qui représentait si bien la force, la bienveillance, l’humour, la malice, l’entrain, la fragilité en chacun d’entre nous.
Nathanaël l’avait choisi pour représenter toute la beauté qu’il y a à accueillir un être sur un des marque-pages du Village.

Christophe (ancien résident)

Je viens d’apprendre le deuil inattendu d’Alain qui vous frappe et me touche beaucoup, ayant partagé tellement de choses avec mon voisin de chambre, comme le bricolage, les balades en camion, les massages des genoux et le petit chocolat du soir, les histoires avec le chat, etc, etc

Pierre (ancien résident) a lu cet adieu lors de la messe d’encielement

Alain,

Tu es passé de l’autre côté, en route vers le Royaume. Je n’ai aucun doute quant à ton arrivée à bon port. Jésus nous dit dans l’Évangile : « Laissez les petits enfants venir à moi, (…), car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume de Dieu. »

J’ai eu la chance de passer six mois au Village Saint Joseph. Ta chambre était voisine de la mienne. Je veux aujourd’hui te dire merci pour ton amitié, pour le bien que tu m’as fait pendant mon séjour.

Les relations avec toi étaient toutes simples, les rituels quotidiens presque immuables… Le matin, j’étais presque toujours le premier dans la cuisine  et tu n’arrivais pas longtemps derrière les yeux encore pleins de sommeil et tu me demandais immédiatement : « T’as vu mon chat ? ». Je te répondais : « Bonjour Alain ! » et, quand tu m’avais dit bonjour, je répondais à ta première question. Quand ton chat Caramel était dans le coin, tu allais te faire tes tartines beurrées et tu lui jetais des petits bouts de pain de mie mais en douce car tu n’avais pas le droit de lui donner à manger ; Caramel était trop gros. Tu essayais bien d’être discret mais ça ne marchait pas trop.

Très vite arrivait Pascal qui était chargé de nourrir le chat car toi tu avais la main trop lourde sur les croquettes d’où le surpoids du matou. Première question à Pascal : « T’as donné à manger à mon chat ? »Ah ton chat, le grand amour…

Le petit déjeuner était suivi d’un temps tous ensemble à la chapelle. Toujours assis à la même place tu t’emballais à l’Alléluia que tu chantais de tout ton cœur avec un léger décalage et un large sourire au visage.

Puis nous nous retrouvions tous à la répartition des tâches et des travaux autour de Nicolas. Ce dernier te proposait « Alain, sous-traitance ? ». Tu répondais « Ouais ! »Tu passais quelque temps à l’atelier en compagnie de Géraldine et de Julien. Quand la machine tombait en panne, tu n’étais pas content comme si tu étais le patron de cette petite entreprise.

Tu venais aussi très souvent au jardin voir où en étaient les travaux. Tu observais toujours avec beaucoup d’attention Guy travaillant la terre avec le tracteur. Je te demandais parfois conseil quand je ne savais pas quel outil utiliser. Tu m’accompagnais dans la cabane pour me donner le bon. Si tu me disais que je plantais correctement les oignons, je te disais : « Merci patron » ce qui déclenchait immanquablement cet immense sourire dont tu avais le secret.

Une de tes tâches à la maison était d’aller porter le tri des poubelles sur la place de Plounévez-Quintin. Si Marcel était là quand tu revenais, Marcel te taquinait. Il faisait mine de te disputer en te disant : « T’es allé au bistrot, ivrogne, j’t’ai vu ! ».Tu répondais en rigolant : « Nan, j’suis pas allé au bistrot ». Un jour, j’ai vu une course poursuite étonnante dans les framboisiers. Marcel te poursuivait en criant «Bandit, voleur… »Les deux papis rigolards et sauvages du village…

Tu aimais bien aussi fréquenter les filles du Village Saint Joseph. Tu étais un vrai séducteur avec tes yeux de velours. Tu montais tous les jours au bureau voir Martine. Quand Laure t’a annoncé son départ, tu lui as dis : « Toi aussi tu m’abandonnes… ». Mais il y en avait une autre que tu aimais bien c’était Anita. Un jour tu m’as dit : « Anita elle est belle comme ma sœur ! »

Le soir, après la vaisselle, tu montais dans ta chambre. Comme je montais peu de temps après toi, j’avais la joie de t’entendre chanter car tu chantais quasiment tous les soirs. J’ai fini par  connaître presque par cœur ton répertoire : Enrico Macias, Tino Rossi (tu disais : « Sino Rossi ») et les chants du Village (c’étaient les chants que nous chantions pendant les soirées de louanges). De ces derniers, tu appréciais particulièrement ceux avec des Alléluia que tu chantais bien fort.

Tu aimais aussi les sorties au bord de la mer ou ailleurs. Tu montais toujours devant dans le mini bus que je conduisais. Tu me faisais des commentaires sur les travaux des champs et sur les engins agricoles que nous croisions sur la route. J’ai un excellent souvenir d’une sortie sur la Vilaine en voilier avec toi. Je te vois encore à la barre du bateau la casquette de marin vissée sur la tête en grand capitaine.

Tu appréciais aussi beaucoup les visites de ta famille au Village. Tu m’en parlais toujours à l’avance.

Je veux finir avec une dernière anecdote. C’était le soir de la veillée pascale dans cette église de Plounévez-Quintin. J’étais placé sur le banc, juste à côté de la petite porte latérale. Tu es arrivé un peu en retard par cette petite porte. Les gens étaient là, debout, un cierge à la main, les lumières électriques éteintes. Tu es entré, un peu perdu. Je t’ai appelé, tu m’as rejoins et tu m’as dit : « Y a une panne d’électricité ??? ».

Voilà, Alain, j’aurais encore beaucoup à dire à ton sujet… Une dernière chose quand même, merci Alain car si tu m’as fait beaucoup de bien par ta grande simplicité, je sais aussi que tu as fait  beaucoup de bien à bien du monde au Village. Maintenant, mon vieux veille sur chacun de ceux que tu as connus et aimés. Prie pour nous, tu es bien placé pour ça, vieux !

Alain aimait la vie…

… et aussi les sorties en mer !

Il avait des moments de recul…

… et aimait faire la fête !

Il aimait rester actif…

… et avait ce sourire coquin !

Il aimait les câlins et se savait fragile 🙂