19 mars 2017, Saint Joseph

Chers amis,

En préparant ce courrier, j’avais l’image de Jésus qui marche de village en village pour enseigner, guérir, consoler et surtout annoncer le Royaume tout proche, la réconciliation avec l’amour du Père. Avec Lui, derrière Lui, il y a selon les moments et les lieux, des foules nombreuses et disparates, parmi la foule Jésus s’adresse à ses disciples, parmi ses disciples, Jésus choisit les douze apôtres, parmi les apôtres, Jésus choisit ses amis, ceux qui vont être témoins des évènements extraordinaires comme la transfiguration, l’agonie à Gethsémani et surtout la résurrection et la Pentecôte. Je me demande où sommes-nous ? Où nous situons-nous ? A quel appel répondons-nous ? Est-ce que la réponse n’est pas de notre côté ? Où nous recevons-nous ? La réponse concerne chacun là où il est, là où il en est personnellement dans sa relation avec Jésus et à travers Jésus avec les plus fragiles.

En écho je me pose cette question pour le village et pour chacun par rapport au village. Depuis notre pèlerinage, je pense particulièrement à ces amis fidèles qui nous suivent avec confiance depuis le début parce qu’ils croient que c’est l’œuvre du Seigneur et non pas une œuvre humaine. Il y a ceux qui nous rejoignent ponctuellement par exemple pour répondre à une demande particulière par solidarité (ex. la chambre froide). Il y a ceux qui prennent le train en marche et qui renouvellent nos forces, notre audace, notre courage. Il y a ceux qui nous regardent passer et n’osent pas s’engager. Il y a ceux qui ont peur parce que ce peuple en marche, on ne sait pas où il va. En effet ce n’est pas sécurisant si on n’a pas saisi que c’est Jésus qui conduit ce peuple de pauvres, il va nous solliciter sans cesse et je vais devoir partager ce que j’ai et qui jusque-là était ma sécurité. Pourtant c’est séduisant parce qu’il y a de la vie et de la joie au milieu de ce peuple en marche.

Est-ce que ce n’est pas notre cheminement avec toute l’Eglise en ce temps de carême ? Et la réponse que Jésus attend de nous pour nous renouveler dans la grâce de notre baptême ? Avec les résidents du village saint Joseph nous avons entrepris de suivre Jésus dans le désert. Dès la première étape du carême, Jésus nous montre la croix, la conversion de notre volonté propre comme une mort à nous-même et une adhésion à la volonté du Père. A ses amis proches, Pierre, Jacques et Jean, à travers la Transfiguration, Jésus révèle sa gloire ce qui leur permettra de traverser autrement l’épreuve de la croix jusqu’à la résurrection. Ce qui d’ailleurs ne les empêchera pas de réagir avec toute la fragilité de leur humanité, leur histoire, leur tempérament personnel, mais qui fera d’eux les témoins privilégiés pour le monde à la Pentecôte. Malgré leur doutes, leurs peurs et leurs trahisons Jésus réalise en eux la promesse du Père, le don de son Esprit Saint sur l’Eglise et sur le monde, la réconciliation de toute l’humanité avec son Dieu : « Je vous donnerai un cœur nouveau, j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair (…) Vous serez mon peuple et moi je serai votre Dieu » (Ez. 36, 26-27).

Nous choisissons de suivre Jésus dans cette traversée de notre désert intérieur afin d’écouter sa Parole, Jésus parle à notre cœur, nous réalisons que notre cœur est fermé, endurci, aveugle, paresseux et lent à comprendre (C’est Jésus qui le dit : Mc. 6,52 ; 8, 17 ; Jn. 12,40 ; Lc. 24, 25 ; 21, 34). Jésus nous enseigne comment prier en réconciliant notre cœur avec le cœur du Père. Avec Lui nous pouvons entendre la voix du Père, la volonté du Père : « Celui-ci est mon Fils en qui j’ai mis tout mon amour » (Mt. 17, 5). C’est l’effusion de l’Esprit comme un baiser du Père qui dit tout son amour et alors notre cœur de pierre deviendra un cœur de chair un cœur qui aime et qui se laisse aimer, un cœur qui devient miséricordieux comme le Père est miséricordieux.

C’est un appel à nous positionner chacun de nous, avec ce que nous sommes, nous village, nous amis du village, nous bienfaiteurs, nous résidents au village et dans une réponse d’amour nous pouvons être renouvelé dans la joie de servir nos frères et de vivre dans la volonté du Père, de donner notre vie pour la venue du Royaume.

C’est dans cet esprit que nous voyons avec bonheur et avec foi le village évoluer dans la volonté du Père. La nouvelle étape que nous vivons, notre départ, ou notre présence autrement, nos nouveaux appels, nous invitent à nous laisser bousculer, à nous convertir et à renouveler notre confiance que c’est le Seigneur qui conduit son peuple.

Nous avons différents appels, mais pour l’instant aucune direction définitive, en attendant nous répondons à la demande de témoignages. Nous préparons une retraite de guérison intérieure, du 23 au 29 mai à la Roche du Theil. Nous travaillons sur quelques projets pour l’ouverture de nouvelles petites églises domestiques. Nous voulons rester à l’écoute de ce que le Seigneur veut pour nous et pour le village et nous vous invitons à nous accompagner dans cette disponibilité du cœur parce que c’est vraiment un chemin de joie et d’espérance.

Nous savons que certains amis ont pu être dérangés par différents appels aux dons, en effet en vue du développement du village et de ses besoins, nous avons entrepris une recherche de fonds, mécénat etc. Par la suite nous pourrions différencier ce type de courrier car nous voulons avant tout préserver cette relation fraternelle qui a toujours été le fondement du village. Pour cela nous vous demandons de nous signifier très simplement et librement si vous ne voulez pas recevoir ce type d’appels.

En ce jour de la fête de saint Joseph nous renouvelons notre confiance en la divine providence qui veille sur nous et qui réalise à travers vous tous, quelle que soit votre position, ce que le Seigneur nous demande.

Bien en communion pour cette montée vers Pâques, prémices de ce jour où toute langue confessera que Jésus est Seigneur !

Soyons unis dans l’action de grâce pour tout ce que Jésus fait au milieu de nous. La meilleure façon de vous dire merci, c’est de partager le témoignage de Julien.

Katia et Nathanaël

Témoignage de Julien, 35 ans

Je suis arrivé au Village Saint Joseph le 1er août 2016, après des passages en hôpitaux psychiatriques, des errances alcoolisées avec des délires.
Dans le passé, j’ai vendu de la drogue, parfois en grosse quantité… puis le sexe, la pornographie… et surtout l’alcool, seul, mystiquement…
Quand j’ai dit que je venais mais que je ne croyais pas en ma guérison, on m’a répondu qu’on y croyait pour moi !
Peu à peu, je me suis retapé au Village : le travail, la prière du matin, et je me lève de plus en plus tôt le matin pour un temps d’adoration.
Les combats, il y en a, tous les jours. Pourtant, je m’épanouis de jour en jour, grâce à mes frères et sœurs… Dieu sait combien je suis timide et sauvage. Je me confesse régulièrement, je chante et je prie, des fois avec une foi qui m’exalte.
Je remercie le Village Saint Joseph, le Seigneur et la vie. Je ne sais pas où je vais, mais je choisis la vie et la bénédiction, malgré ma pauvreté.