La lettre de Katia et Nathanaël

Montée vers Pâques
Chemin de guérison de l’âme qui passe par le désert

Chers amis,

Le monde sans Dieu devient vite un désert, un espace sans vie, un lieu habité par l’esprit de mort et de mensonge qui nous entraîne dans l’illusion. Le paraître, le pouvoir et l’avoir cachent notre nudité, notre misère, source de la honte et de la peur. C’est notre expérience à tous plus ou moins, c’est l’expérience de tous ceux qui frappent à la porte du Village Saint Joseph. Nous cherchons la vie, la vraie vie et Dieu seul est  créateur source de la vie, auteur de tout ce qui vit.

Si nous sommes morts à la vie, c’est parce que nous avons été ou que nous nous sommes séparés de Dieu nous-mêmes. Dieu Père nous cherche plus que nous ne pouvons le chercher nous-mêmes. « Dieu appela l’homme : où es-tu dit-il«  (Gn. 3, 9), « J’ai eu peur, parce que je suis nu et je me suis caché, répondit l’homme«  (Gn. 3, 10). Notre âme est blessée à mort depuis ce moment où elle a été séparée du Père. Notre âme est devenue un désert que nous cherchons à combler. Si nous restons seuls dans ce désert, l’ennemi continue de nous enfermer, et nous nous laissons enfermer dans le doute. « Ssssi tu es le Fils de Dieu…«  le tentateur nous dit comme à Jésus : si Dieu est ton Père… La réponse que Jésus oppose à l’ennemi par trois fois, c’est la parole de Dieu : « Il est écrit«  (Lc. 4 v3, v8, v10). Le problème, c’est que nous ne connaissons pas ou mal la Parole.

C’est avec Jésus, la Parole faite chair, que nous pouvons descendre dans le désert de notre âme. Avec Jésus nous affirmons que nous sommes fils de Dieu, c’est la grâce de notre baptême. Par notre vie quotidienne, nous réalisons combien nous sommes encore loin de la ressemblance au Père, combien nous avons besoin d’être ajustés, devenir justes. Par nous-mêmes nous avons bien du mal à changer nos caractères et nos comportements, hérités de notre nature blessée. Combien nous avons du mal à aimer, à nous laisser aimer, à pardonner, à donner, à lâcher notre volonté propre afin de laisser le Seigneur être maître de notre vie.

C’est pour nous montrer le chemin que l’Esprit Saint conduit Jésus au désert après son baptême. Avec Jésus, nous pouvons descendre dans les profondeurs de notre âme blessée, dans ce désert où règne sinon la mort, la stérilité de notre vie. Jésus est le chemin qui nous conduit à la guérison. C’est pourquoi le carême commence avec cette lecture de saint Paul : « Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu«  (2Co 5,20). Il est la Parole qui a autorité sur tous les esprits mauvais qui nous enferment dans le mensonge. Le Prince du mensonge veut nous faire croire que le Père nous a condamnés et rejetés, que son amour est limité aux « parfaits » selon ce monde.

« Dis seulement une parole et je serai guéri« , nous prions avant chaque communion, c’est-à-dire avant la célébration du don que Jésus fait de sa vie pour nous réconcilier avec le Père. Jésus donne sa vie, donne son corps et son sang. Dieu le Père a donné sa Parole et elle est unique. Le Père a donné son Fils Jésus « pour que tous les hommes soient sauvés«  (Jn. 12, 32). Le Père a réalisé sa promesse et nous recevons par Jésus, son Esprit Saint, c’est l’Esprit qui crie en nous Abba Père. Le problème c’est que nous restons sourds à sa Parole qui nous sauve et nous cherchons encore d’autres formes de salut. « Qui me rejette et ne reçoit pas ma Parole a son juge : la Parole que j’ai fait entendre, c’est elle qui le jugera.«  (Jn. 12, 48) « Les paroles que je dis, c’est donc comme le Père me le dis que je le dis«  (Jn. 12, 50)

C’est toute la grâce de saint Jean que le Seigneur veut nous donner quand il nous ramène dans le silence du désert. Demandons la grâce de poser notre tête sur son cœur, demandons cette grâce avec un cœur de pauvre : « bienheureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux«  (Mt 5, 3).Un cœur qui reconnaît son péché et la nécessité d’être sauvé pour vivre, un cœur de fils qui choisit de tout recevoir du Père. « Rentrant en lui-même(…) je vais retourner vers mon Père«  (Lc. 15, 17 et 18). Si, comme saint Jean, nous posons notre tête sur le cœur de Jésus, nous entendons au-delà des mots, des raisonnements, nous percevons, nous recevons l’amour du Père pour Jésus, l’amour de Jésus pour le Père. Nous savons que c’est de ce même amour dont il nous aime : « afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et que moi je sois en eux«  (Jn. 17.26). Seul cet amour-là peut guérir notre âme. C’est pourquoi avec saint Jean nous sommes invités à nous tenir au pied de la croix avec Marie à la différence des autres disciples qui ont fui car ils sont encore dans le doute devant le « scandale » de la croix. Est-ce vraiment celui-là qui peut nous sauver ? En écho Jésus nous dit : « pour vous qui suis-je ? « 

C’est l’épreuve de la tentation : devant nos inconversions, les injustices qui dominent le monde, la misère qui nous entoure, notre fragilité, pour toi qui suis-je ? Avec Marie et Jean debout au pied de la croix, nous recevons l’onction du sang et de l’eau qui coule du cœur de Jésus. C’est là que la promesse s’accomplit, c’est là que nous sommes revêtus de la robe nuptiale qui nous rend dignes d’entrer dans la salle des noces, dans la vie du Royaume. Au moment où Jésus meurt le voile de nos aveuglements se déchire comme le rideau du temple, notre cœur de pierre explose, à l’image des rochers qui se fendent. Le lieu de notre âme où la mort a été semée s’ouvre et Jésus vient nous arracher à nos enfer-me-ment (cf.Mt, 27, 51-52). Nous pouvons entendre à nouveau la Parole du Père, notre vie est remplie de son amour, l’Esprit Saint en nous témoigne que l’Amour a vaincu la mort et le péché. C’est la Pentecôte. Nous pouvons vivre de la Parole que Jésus nous laisse comme une ordonnance avant de monter au ciel (Lc. 24, 45, 48-49) « Alors il leur ouvrit l’intelligence afin qu’ils comprennent les écritures(…) et voici que j’enverrai sur vous ce que mon Père a promis«  et (Mc. 16,15…) : « Allez dans le monde entier, proclamez la bonne nouvelle à toute la création« .

Ainsi le désert refleurira et toute langue confessera que Jésus est Seigneur.

« Maintenant le prince de ce monde va être jeté bas et moi élevé de terre j’attirerai tous les hommes à moi«  (Jn. 12, 32)

Seigneur que ta parole réjouisse nos cœurs et donne la vie à notre monde, fait de nous résidents et amis du village des témoins de ta victoire sur la mort qui hâtent ce jour de ta venue dans la gloire par le don de nos vies à la suite de Jésus.

Joyeuses fêtes de Pâques !
À nous la Résurrection et la Vie !

Katia et Nathanaël

Mars 2018