RAPPORT MORAL de l’année 2017

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE du 14 avril 2018

À l’Assemblée Générale de l’an dernier, nous présentions l’année 2016 comme une année de transition et de transmission ; transition et transmission qui continuent d’être vécues, car ce n’est pas en une seule année qu’un tel passage de témoin peut s’effectuer.

La conclusion du rapport moral de l’an dernier se terminait ainsi :

L’intuition et la spiritualité du Village Saint Joseph restent inchangées, seules les réponses apportées pour les faire vivre ont changé ; et nous continuons, en action de grâces, à voir des hommes et des femmes qui retrouvent la vie et la joie de vivre.

Cette réalité qui est celle du Village Saint Joseph depuis maintenant 20 ans (Octobre 1998, date de l’arrivée de Katia et Nathanaël à Plounévez-Quintin, anniversaire que nous fêterons en mai 2019) ; cette réalité, donc, d’hommes et de femmes remis debout, nous en sommes toujours témoins.

Et cette réalité est aussi celle de nos fragilités : vivent, ici, des hommes et des femmes fragiles. Nous n’en avons pas l’exclusivité, loin s’en faut, mais la fragilité est reconnue au Village Saint Joseph, elle est dite, exprimée, jusqu’à l’accepter… jusqu’à l’aimer même.

Mieux ! En faire notre orgueil, comme nous y invite Saint Paul. Car c’est à travers notre fragilité que le Seigneur peut manifester sa puissance, toujours comme nous y invite Saint Paul. C’est par Lui seul, avec certes notre contribution, en tant qu’instruments dociles entre ses mains (des pinceaux entre Ses mains, comme le disait Mère Teresa de Calcutta), mais c’est bien par Lui seul que nous sommes remis debout et que nous retrouvons le chemin de vie ; chemin de vie qui ne gomme pas les épreuves, ni les difficultés, ni même les combats.  Mais conscients de nos fragilités, « nous nous tournons vers le Seigneur et Il nous apporte sa force, le réconfort, le calme, la vie » (Padre Pio).

À noter, et ce n’est pas anodin, que dans les entreprises, les grandes entreprises même, il est de plus en plus fréquent que les dirigeants, les cadres supérieurs fassent état de leur propres fragilités et invitent leurs collaborateurs à faire autant… Je le tiens d’un dirigeant lui-même, cadre supérieur dans une multinationale ; et je le tiens aussi de professeurs en management dans les grandes écoles de commerce et de gestion qui prônent ce mode de gouvernance.

Au-delà de nos fragilités personnelles, la fragilité qui est une des clés de l’intuition et de la spiritualité du Village Saint Joseph ; nous trouvons aussi cette fragilité dans l’association « Village Saint Joseph », dans le Corps que nous formons, « petite église domestique ».

Oui, notre association est fragile, ce corps est fragile, cette petite église domestique est fragile.

Fragilité structurelle : En janvier 2018, j’échangeais avec des frères et sœurs, à la fin d’un repas, et ils exprimaient une réalité : « il manque des référents pour l’accompagnement ; vous êtes trop pris »… Un mois après, en réponse à ce constat : 3 référents s’absentaient, soit pour des raisons familiales (petits enfants à garder notamment, entraînant une absence de deux semaines, soit pour des raisons de santé entraînant une absence de deux mois).

Fragilité organisationnelle : Souvent, il nous est reproché qu’il est difficile de nous joindre au téléphone ; ou que nous ne répondons pas assez vite aux mails, que nous oublions parfois même d’y répondre. Effectivement, et nous nous en excusons, mais nous faisons avec les moyens du bord et avec un nombre réduit de personnes susceptibles de pouvoir répondre aux mails et au téléphone.

Fragilité opérationnelle : Souvent, nous restons incompris quand un service social ou médical, ou de justice, nous sollicite pour accueillir telle ou telle personne en souffrance, et que nous refusons. Les raisons sont multiples : mais nous sommes face à notre pauvreté et à l’incapacité de pouvoir répondre à toutes les formes et nombres de demandes.

Fragilité financière : Nous dépendons essentiellement des dons (50 à 70 % des recettes, selon les années) des bienfaiteurs, de la présence de bénévoles au quotidien, des dons en nature réguliers. Nous rappelons aussi que nous ne recevons aucune aide de l’état.

Fragilité choisie : Cette fragilité de notre association surprend beaucoup et certains même nous la reprochent. Or il est bon de rappeler que nous ne sommes pas un service social ou médico-social, services qui, eux, ont l’exigence de devoir répondre impérativement à toutes demandes. Nous ne sommes pas non plus un établissement, ni une institution, même si nous pouvons en avoir l’apparence extérieure.

Nous ne sommes qu’un lieu privé, certes reconnu en église et dans le paysage social (nous adressons chaque année à la préfecture les bilans et rapports d’Assemble Générale, comme à la Mairie de Plounévez-Quintin, au diocèse et à la paroisse ; et sommes certifiés par un commissaire aux comptes), mais un lieu privé de prière et d’accueil où toute personne y vivant en a fait le choix (aucun placement : tout repose sur le choix de chacun de vivre ici, un peu comme « en colocation », et d’en partir quand il le désire) : nous sommes là, aussi, dépendants du choix de chacun.

Cette fragilité est notre ADN, une de nos principales caractéristiques : le jour où le Village Saint Joseph sera bien établi, structuré, avec un roulement de trésorerie sécurisant, etc., nous ne serons plus le Village Saint Joseph.

L’Abbé Pierre disait : « Il est bon d’avoir toujours un carreau cassé à remplacer ou une machine en panne ».

Veillons à rester dans cet état de dépendance, de fragilité : la Providence a toujours pourvu. Nous ne manquons de rien. Depuis 20 ans, la tenue des comptes par l’expert-comptable et l’approbation par commissaire aux comptes, l’attestent.

Ayons comme ambition de rester une Œuvre de Dieu, à son écoute quotidienne, dans la prière, la vie fraternelle et notre travail.

Paradoxalement cette situation et cet état de fragilité exige beaucoup plus de rigueur et d’attention : d’ailleurs, nous ne manquons pas de travailler à pallier à ces fragilités, en cherchant chaque jour des solutions.  Nous avançons ainsi  dans l’Aujourd’hui.

Jean-Guy Thomas, Président